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ETRE TOUAREG AU MALI jusqu'en 1991

Les Touareg occupent un espace immense, fondé sur le désert, ancré sur des massifs sahariens Ahaggar, Aïr et Adrar des Iforas - et débordant sur ses marges septentrionales  

et méridionales plus arrosées. Au nord, le pays touareg est

en contact avec le domaine méditerranéen, alors qu’au sud il pénètre

le monde " soudanien"  : il constitue un pont entre le Maghreb et

l’Afrique noire. Il existe un pays maure à l’ouest et un pays toubou

à l’est (teda-daza, selon le nom que les Toubous se donnent

eux-mêmes), avec une situation comparable. Dans chacun de ces

cas, une population culturellement homogène, majoritaire dans la

partie saharienne, tend dans les confins méridionaux à se superposer

aux populations paysannes, et aux Peuls partout présents. Les

courants migratoires se sont effectués selon des axes méridiens jalonnés

de massifs qui ont joué un rôle de refuge et de relais. Mais

le domaine des Touareg, contrairement aux deux autres, inscrits

pour leur plus grande part en Mauritanie et au Tchad, a été divisé

entre de nombreux États et se trouve éclaté entre Libye, Algérie,

Mali, Niger et Burkina Faso.

 

Une culture commune

Les Touareg possèdent une même culture, appartiennent à une

même civilisation. Dans chaque Etat, ils occupent la zone la plus

aride, la moins peuplée, souvent la plus difficile d’accès : ils se trouvent

presque toujours éloignés de la capitale politique. Les caractères

communs de cette civilisation ont trop souvent donné lieu à

des stéréotypes qui ont été un écran et un obstacle à sa connaissance.

CONFLIT TOUAREG

Ces images d’Epinal sont aujourd’hui reprises par les médias

et les sociétés de tourisme : « hommes bleus »  et selon les circonstances,

 « chevaliers du désert » courageux et loyaux, ou « pilleurs

de caravanes » lâches et fourbes, enfin « hommes de nulle part », 

c’est-à-dire hommes des grands espaces toujours en mouvement, avec

la confusion encore souvent affichée entre errance et nomadisme.

Le dénominateur commun majeur est la langue et ceci est si

bien perçu au Mali qu’on ne parle guère de Touareg, terme français

peu connu de ceux qu’il désigne, mais de tanzasheq. Les Touareg

se rattachent à la grande communauté berbère qui se compose

en majorité de paysans réfugiés dans les montagnes (Atlas, Kabylie,

Aurès, Nefouza, etc.), dans les oasis (Mzab, Gourara, oued Righ,

etc.) et aussi de nomades montagnards (Kit Atta) ; une communauté

linguistique qui, d'ouest en est, va des îles Canaries à l’Egypte

(Siouah) et, du nord au sud, de la Méditerranée au sud du fleuve

Niger. Les Touareg dans cet ensemble constituent les nomades des

grands espaces arides : ils possèdent une forte originalité et leurs

caractères communs se retrouvent de Djanet à Tahoua. Ils sont les

seuls berbérophones à posséder une écriture dont les caractères (tifinagh),

anciens ou actuels, sont inscrits sur de nombreux rochers

sahariens.

On a beaucoup parlé de leur organisation politique dont le

modèle en «  confédérations » basé sur une hiérarchie sociale rigide,

est reproduit dans l’ensemble du domaine touareg avec quelques

variantes, ici ou là, dans la part relative de chacune de ces catégories

: nobles (inzajeghen), tributaires (imghad), religieux (ineslemen),

serfs ou anciens serfs (iklan ou Bella selon la terminologie songhay).

Après la conquête, l’administration coloniale, l’indépendance,

l’étude des structures politiques et sociales touarègues tient un peu

de la reconstitution d’un édifice ruiné dont on ne peut reconnaître

que les pans de certains murs : il vaut mieux renvoyer à d’innombrables

études qui traitent de ce sujet. Que reste-t-il aujourd’hui

de la société touarègue? Comment est-on touareg? Tels sont les

problèmes majeurs d’une société en pleine mutation, affrontée dans

chaque Etat à un pouvoir qu’elle conteste de plus en plus et à

la recherche d’un contrôle plus poussé de l’administration et de

la gestion de leur pays. La société touarègue existe encore avec ses

hiérarchies, ses chefferies, ses rigidités : les catégories déjà citées,

mais aussi les Dahusahak (comment les classer ?), les forgerons

et les Bella d’origine servile, possèdent des caractéristiques, des comportements

propres. Dans cette société, chacun doit rester à sa place

et se conformer au rôle qui lui est dévolu sous peine d’exclusion.

Le retour de jeunes partis à l’étranger, devenant souvent chômeurs 

(ishumar en touareg), ce qui signifie bien qu’ils ne trouvent pas

de place à leur mesure, car ils ne reprennent pas les tâches pastorales

antérieures, donne une nouvelle dimension à cette société ;

cela pose le problème de la réinsertion d‘hommes disponibles ayant

acquis une vision du monde différente et souvent de nouvelles

qualifications.

 

Particularismes et diversités

Les Touareg maliens ne peuvent être coulés dans un même

moule. Par leur histoire, par leurs migrations anciennes, par leurs

implantations actuelles, ils se distinguent les uns des autres. Leur

économie, qu’elle soit exclusivement pastorale, pastorale et caravanière,

ou encore agro-pastorale, varie en fonction de la région où

ils vivent. Appartenant à une même civilisation, les Touareg occupent

au Mali un espace qui va de la zone saharienne à la zone

soudanienne, ils forment un pont qui relie l’Algérie et le Burkina

Faso. Le « pays touareg » malien, à l’extrême nord-est, est si éloigné

de la capitale, que Niamey est son débouché naturel, en cas

de crise, beaucoup plus que Bamako.

L‘Adrar des Iforas jouxte l’Algérie et les Kel Adar sont en relations

constantes avec leurs parents du Nord. Éleveurs et caravaniers,

ils participent au commerce du sel de Taoudeni et se rendent

sur les marchés algériens. L’Adrar des Iforas constitue un

monde isolé, à part, éloigné de la capitale; son chef-lieu, Kidal,

a été choisi à l’époque coloniale comme siège d’un bagne car l’éloignement,

le désert rendent quasiment impossible toute évasion. I1

constitue un bastion avancé dans le désert dont sont issus de nombreux

groupes touaregs. C’est aussi un haut-lieu de sites anciens,

impressionnants par leur nombre et leur importance : ces cités

médiévales aux constructions ruinées - habitations, mosquées, cimetières

s’étendent le long de vallées comme Es-Suk (Tademakka),

la plus célèbre d’entre elles.

Au nord-est du pays, les Iwellemmeden kel Ataram, « ceux de

l’ouest », occupent un vaste territoire qui s’étend jusqu’au fleuve,

dont le chef-lieu est Ménaka et qui, à l’est, possède une frontière

commune avec le Niger où vivent les Iwellemmeden kel Denneg, 

« ceux de l’est », leurs parents, qui ont fait sécession au XVIIIe siècle.

Éleveurs au nord, agro-pasteurs au sud, ils se déplacent vers

les plaines septentrionales au cours de la saison des pluies pour

gagner les terres salées recherchées pour leurs troupeaux.

Dans la région de Goundam, de Tombouctou, les Touareg kel

Antesar et Tenguereguif vivent aux abords du fleuve et possèdent

des droits fonciers sur les terres les plus riches, en complémenta- 

rité et parfois en concurrence avec les paysans songhay, avec les

Peuls et Rimai%e, avec les pêcheurs Bozo. Ils ont le bénéfice de

rizières et des pâturages irrigués (bourgoutières).

Dans le Gourma, les Touareg pratiquent un élevage extensif

et la cueillette de nombreux produits végétaux, en particulier le

fonio sauvage, c’est-à-dire de nombreuses graminées spontanées dont

le ramassage des graines, sur pied ou au sol, compense le manque

de mil ou de sorgho qu’ils cultivent peu. Plus au sud encore, aux

frontières du Burkina Faso, l’élevage extensif s’accompagne de cultures

pluviales, mil essentiellement.

Les Touareg possèdent donc une économie qui varie en fonction

de leurs traditions propres et du cadre géographique de leur

implantation. Cette diversification qui a parfois pris la forme de

mutation, s’est accentuée à la suite de sécheresses qui se sont succédées

depuis 1968 : certains ont migré vers les terres plus arrosées

du Sud, vers les vallées ou vers les villes pour ceux qui avaient

tout perdu.

 

D’une révolte à l’autre

Les Touareg maliens ont été parmi les premiers à lever l’étendard

de la révolte contre l’administration coloniale et à s’opposer

par les armes aux militaires français. C’est Firhoun, amenokal (chef

suprême) des Iwellemmeden kel Ataram, qui incarne cet esprit dès

1914, puis qui cache son jeu jusqu’à son évasion de Gao en février

1916 où il prend la tête de la rébellion. L’affrontement décisif a

lieu à Aderambukan en mai 1916 : le campement de Firhoun est

attaqué par un détachement puissamment armé et Firhoun ne peut

que s’échapper. La révolte est brisée, mais Firhoun incarne le noble

guerrier qui a refusé toute compromission.

Le pays touareg du Mali a connu, il y a une quarantaine

d‘années, des insoumis qui, à titre individuel, se rebellaient contre

l’ordre établi de l’administration coloniale : on a fait le récit de

l’aventure de Kel Adar qui prenaient le maquis et tenaient en échec

l’autorité en mettant à profit leur connaissance d‘un pays immense

et accidenté. Après l’indépendance, l’administration et l’armée

maliennes occupent les chefs-lieux, les cercles et les postes laissés

par les administrateurs et les militaires français.

Isolés et loin de tout contrôle, les nouveaux chefs de poste font

parfois subir de nombreuses vexations aux Touareg qu’ils administrent,

et abusent souvent de leur pouvoir. Peu à peu, " cette présence

militam-administrative est ressentie comme une occupation )).

 

Les Touareg, à partir de janvier 1963 effectuent des coups de main

dans le nord de l’Adrar, à Kidal et dans de nombreux points et

s’emparent d’armes et de chameaux. Une guerre de mouvement

s’installe et les accrochages se succèdent. L‘armée, avec des équipements

modernes et en particulier des chars, l’emporte sur ces

guerriers qui mènent une guerre à l’ancienne. Les Kel Adar qui

ne s’étaient pas opposés à la pénétration coloniale, contrairement

à leurs voisins Kel Ataram de Ménaka qui avaient alors (1916) perdu

la majorité de leurs guerriers, se dressent cinquante ans plus tard

contre ces représentants de 1’Etat venus du Sud, qui se comportent

comme en pays conquis. En septembre 1964, ces guerriers

déposent les armes : la révolte a duré plus d’un an et demi.

Les Kel Adar se retrouvent appauvris, une grande partie de leurs

troupeaux ayant été détruits par l’armée et vaincus. Ils ont subi

une répression impitoyable par une armée mal à l’aise dans ce pays

lointain. Les hostilités se sont arrêtées, mais le fossé s’est creusé :

la région de Kidal reste une zone dangereuse, interdite aux touristes.

Les fonctionnaires maliens qui sont nommés dans la région se

considèrent comme punis, en exil.

De 1964 à 1969, les pluies sont abondantes et la zone touarègue

bénéficie de pâturages et de récoltes satisfaisantes. Les Kel Adar

commencent à reconstituer leurs troupeaux, mais à partir de 1969

une sécheresse s’installe sur toute la zone sahélienne et les années

1972 et 1973 connaissent des déficits pluviométriques records. La

chute brutale des ressources fourragères provoque la mort de beaucoup

d‘animaux et oblige beaucoup de Touareg à quitter leur pays :

c’est un exode dans toutes les directions.

Vers le sud, ils convergent vers Niamey où ils sont regroupés

dans le quartier du « Lazaret » ; certains poursuivent leur route

jusqu’à Kano. Vers l’est, d’autres gagnent Agadez. Vers le nord,

ils se dirigent vers Tamanrasset et Reggan. Les réfugiés de Niamey

sont rapatriés en 1974 par les camions de l’armée malienne.

Par contre, ceux qui ont fui en Algérie s’installent à Tamanrasset,

à Reggan, à Adrar : Tamanrasset devient un relais vers la Libye

qui attire de plus en plus les jeunes du Mali et du Niger, grâce

à sa richesse née du pétrole.


Le Nord en feu

A nouveau ouvert aux touristes, l’Adrar des Iforas perd son

caractère de massif proscrit : désormais les voyageurs venus du Nord

peuvent visiter une région riche en paysages superbes et en ruines

grandioses. Et pourtant c’est dans la région de Gao, dans les cercles

de Ménaka et de ICidal que la révolte va à nouveau gronder

et cette fois menée par des jeunes hommes sachant se battre en

Toyota, la Kalachnikov à la main, aguerris aux techniques modernes

tout en ayant conservé une connaissance parfaite du terrain.

L’étincelle qui va mettre le feu aux poudres se produit au Niger,

à Tchin Tabaraden, en mai 1990 : attaque d’une gendarmerie et répression

brutale et aveugle par l’armée, bien que le nombre de victimes

n’ait jamais été connu avec précision. A partir de juillet 1990 et après

la mort du chef de poste de Ménaka tué au cours d’un coup de main

mené pour libérer des prisonniers, le pays touareg malien entre en

révolte et l’Adrar des Iforas devient le coeur de la rébellion. L’armée

tente en vain de rétablir l’ordre et de réduire les « rebelles » par la

force et de très durs combats se déroulent dans l’Adrar, des postes

administratifs sont pris d’assaut, des convois militaires attaqués, souvent

détruits, des zones »libérées » : au cours de l’été 1990 des reporters

français, dont Raymond Depardon, peuvent rendre visite au chef de

la révolte, Iyad ag Ghali, via l’Algérie, à la grande fureur des autorités

maliennes. Devant ces ennemis insaisissables qui connaissent le

pays dans ses moindres détails, l’armée apeurée se livre à des massacres

dans des campements occupés seulement de femmes, d’enfants

et de vieillards, comme pour se venger de son impuissance. Des civils

sont fusillés publiquement à Gao, Kidal, Ménaka. Le gouvernement

oppose un démenti formel aux accusations de fusillades et de massacres

faites par Amnesty International. Les autorités, jusqu’à la fin de

1990, traitent les rebelles de «  bandits de grands chemins » armés par

l’étranger, principalement par la Libye. Au cours de négociations, les

chefs traditionnels sont les émissaires du gouvernement pour tenter

d’arriver à un compromis. Deux positions inconciliables sont en présence

: celle d’un Etat dirigé par des militaires qui n’accepte pas que

son autorité soit bafouée et une communauté qui réclame de choisir

elle-même son avenir dans le domaine économique, social, culturel

et qui ne veut plus tout attendre de l’aide humanitaire internationale.

En 1991, le gouvernement tempère son intransigeance et, à

Tamanrasset, sont signés le « 6 janvier les accords de paix » qui

mettent fin aux hostilités. Les « bandits de grands chemins » sont

devenus des interlocuteurs officiels et le »Mouvement populaire

de 1’Azaouad » et son chef sont reconnus par le gouvernement. Ces

accords sont signés par le chef d’état-major des Armées et Iyad ag

Ghali, en présence du ministre algérien de l’Intérieur. Le gouvernement

accepte la fin des opérations militaires car, devant les mouvements

de plus en plus violents des étudiants et des syndicats à

Bamako, il veut fermer le front du Nord : les tensions de la capitale

monopolisent son énergie.

La chute de Moussa Traoré donnait l’espoir d’un règlement 

rapide du problème touareg : cependant, contre toute attente, la

rébellion reprend, des attaques se multiplient et, en retour, les habitations

et les commerces des Touareg et bientôt des Maures sont

pillés à Gao, à Tombouctou et dans bien d’autres villes. La rébellion

qui était confinée dans le Nord-Est du pays, dans les arrondissements

de Ménaka et de Kidal, s’étend à tout le Nord, de la

frontière nigérienne à la frontière mauritanienne. Dès lors, une

césure s’opère entre le monde arabo-berbère et le reste du pays.

Le Mali devient un peu comme le négatif de la Mauritanie, avec

une majorité noire de plus en plus hostile à une minorité blanche.

Les mouvements touareg se multiplient et il est de plus en plus

difficile de négocier avec les rebelles, car il existe bien souvent une

tendance qui refuse de se réunir autour d’une table, ce qui rend

ainsi caduc tout accord. Des réfugiés de plus en plus nombreux

sont regroupés dans le Sud algérien et en Mauritanie.

LE PACTE NATIONAL

Le pacte national a été signé le 11 avril 1991 à Bamako entre le gouvernement et

le bureau de coordination des mouvements et fronts unifiés de 1’Azaouad à la suite

de négociations menées à Alger sous la médiation de l’Algérie. Outre le ministre

algérien des Affaires étrangères, deux personnalités ont joué un rôle important dans

ces négociations : MM. Ahmed Baba Miské, mauritanien, directeur des PMA à

l’Unesco, et Edgar Pisani, président de l’Institut du monde arabe et ancien chargé

de mission à 1’Elysée.

Le pacte national est un long document de 86 articles qui détermine les modalités

du cessez-le-feu et organise un statut particulier pour le Nord du Mali.

Après le cessez-le-feu, il sera procédé à l’intégration (sur une base individuelle,

volontaire et selon les critères de compétence) combattants de 1’Azaouad dans les

différents corps en uniforme de l’État. Des unités spéciales des forces armées (mises

sur pied pour une année) et un corps de sécurité intérieure seront chargées du maintien

de l'ordre. Sont prévus également un allègement substantiel des forces armées

dans le Nord et le rapatriement des personnes déplacées. Une commission de cessez-le-

feu, présidée par le médiateur algérien sera chargée de veiller à l’exécution de

l’accord. En outre une commission indépendante d’enquête composée de représentants

des deux parties et d’experts étrangers aura une mission d’investigation sur

les événements et devra évaluer les dommages et réparations dus aux victimes.

Le ‘statut particulier du Nord qui s’appliquera aux 69 dép‘ et 8‘régions (Tombouctou,

Gao et Kidal), établit ainsi la liste des collectivités locales : régions, communes,

arrondissements et cercles. Chacune de ces collectivités est dotée d’une Assemblée

élue et d’un Exécutif. Un représentant de 1’Etat siégera auprès de chaque région.

En outre est instituée une Assemblée inter-régionale, dotée d’un secrétariat permanent.

Ces Assemblées sont compétentes pour :

- organiser la vie communautaire urbaine et rurale;

- définir et promouvoir les programmes de développement économique, social

- assurer le maintien de l’ordre;

- participer à la sécurité de la région et de la nation;

- organiser les échanges et actions de complémentarité entre les collectivités du

Nord et le reste du pays.

En outre un Fonds de développement et un Fonds d’indemnisation sont créés

et un programme de développement du Nord du Mali sera arrêté pour les 10 ans

à venir.

ou culturel qu’elles désirent ;

 

En dépit de ces difficultés, et grâce à la médiation du gouvernement

algérien, grâce aussi à la mission d’Ahmed Baba Mislré et

E. Pisani, un pacte national a été signé le 11 avril 1992 à Bamako

entre le gouvernement et le bureau de coordinqtion des mouvements

et fronts unifiés de I’Azaouad.

Un grand espoir est né de cet accord et de l’élection à la présidence

de la République d‘Alpha Oumar Konaré : cet espoir cependant

reste suspendu à la ferme application des termes du pacte.

A ce jour, plusieurs attaques et des répressions souvent aveugles

provoquent l’inquiétude. Les représailles de la gendarmerie e? mai

dernier à Gossi - des Touareg responsables des projets de I’Eglise

norvégienne ont été fusillés - font craindre le pire : ces hommes

remarquables, estimés de tous, otages anonymes dont le seul tort

est d’être touareg, disparaissent au moment même où le Mali a

le plus besoin d’eux. La grande interrogation reste de savoir si le

gouvernement pourra maîtriser son armée, parfois avide de revanche,

et si des attaques incontrôlées qu’on attribuera selon les circonstances,

au banditisme ou à une action politique, prendront fin.

Le temps permettra-t-il de cicatriser les plaies et de voir se combler

cette fracture entre le monde arabo-berbère et le monde soudanien

et cesser cette abominable spirale de la violence?

En janvier 1992, au Niger, des postes administratifs et militaires

sont attaqués par des Touareg se réclamant d‘un B Front de

libération de l’Air et de 1’Azaouagh D : il y a quelques morts et

des prises d’otages. Le gouvernement, pour la première fois, fait

état d‘une rébellion touarègue. Au Niger comme au Mali des mouvements

s’organisent qui défient l’État : dès lors, l’enchaînement

de coups de main et d’une répression aveugle ne peut que se développer.

Le problème touareg ne peut être abordé que globalement,

mais on peut craindre que les Etats adoptent une politique concertée

de répression un peu comme les polices s’entendent pour

réprimer le banditisme. Il faut, au contraire, chercher en commun

les solutions qui permettent aux Touareg, dans le cadre de chaque

État, d’être de plus en plus associés à la gestion de leur pays.

I1 est cependant indispensable de garder constamment à l’esprit

que la société touarègue est en pleine mutation et que ces révoltes

nivellent les hiérarchies sans pour autant les abolir. Les nobles guerriers

ne sont pas forcément à la tête des combattants : de nouvelles

élites se dégagent et, après avoir parcouru le monde, prennent

la tête de ces mouvements de résistance. Comment utiliser,

dans la paix et pour le développement du pays touareg, toutes ces

énergies qui aujourd’hui incarnent la résistance armée ?

C’est le pari qui est en jeu.

 

Edmond Bernús

ORSTOM